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Quand Albert, ouvrier chez Caterpillar, paie pour partie et sans le savoir le salaire de Jean, son nouveau collègue…

jeudi 31 janvier 2013, par riposte-cte

On ne compte plus aujourd’hui les emplois dits « subsidiés ». Cet article de la Libre Belgique, pêché sur le site des TSE (Travailleurs sans Emploi) de la FGTB/Luxemboug, nous l’explique (presque) très bien.

http://www.tselux.be/article-60-des-emplois-crees-sont-hyper-subsidies-81676903-comments.html#comment109657548,

« Presque » parce qu’il y a, comme souvent dans ces articles « mainstream » vite faits, au moins une approximation (il y en même plusieurs, notamment sur les chiffres) : les emplois win-win ne fonctionnent pas comme le journaliste le décrit. Alors voyons de plus près en quoi ça consiste. Un emploi win-win donne tout d’abord l’avantage non négligeable à l’employeur de ne plus verser pendant un temps certain (pouvant atteindre 3 ans ! ) une très grosse partie de la sécurité sociale. Dont perte substantielle pour celle-ci de 350 €/mois environ (1000 €/ trimestre) ! Mais engager un win-win offre cet autre avantage lui aussi substantiel : l’employeur peut déduire du salaire net une somme pouvant monter jusqu’à 500 € pour un temps-plein (!), somme qui sera directement payée au travailleur par la caisse chômage, l’Onem quoi ! Bref un cadeau mensuel aux actionnaires de Caterpillar de 850 €/mois ! Mais qui paie ? Telle est la question !

Exemple : Jean, engagé win-win (qu’il disait) chez Caterpillar à 2000 € brut par moi, ce qui lui ferait un net d’environ 1400 €, recevra sur son compte bancaire 900 € versés par sa boîte et 500 € versés par l’ONEM… Et d’où viennent ces 500 € ? Mais de l’ONSS pardi, c’est-à-dire des cotisations sociales des travailleurs, donc notamment des cotisations sociales payées tous les mois par Albert, ouvrier lui aussi à Caterpillar (et par ses autres collègues qui ne sont pas win-win), dont environ 47 € pour les caisses « chômage » ( 2,33%) ainsi que, à titre d’informations, 147€ pour les soins de santé ou encore 327€ pour les pensions !

Résultat des courses : tous les mois, Albert (et ses collègues) contribuent au financement du salaire versé à Jean ! C’est-î pas gentil tout ça. V’là que de nos jours les ouvriers paient une partie du salaire de leurs collègues ! Remarquez que, si Jean a 11 collègues non win-win qui gagnent la même chose que lui, c’est leur générosité à eux seuls (11x47 = 517) qui financent donc les 500 € de cadeaux salariaux offerts à Caterpillar, qui s’offre ainsi une main d’oeuvre en or ! Win-Win, la poule aux oeufs d’or, on vous dit !

Ben oui, c’est comme ça, paraît que c’est le prix à payer pour qu’il y ait de l’emploi pour tout le monde et que, sans emploi pour tout le monde, c’est la m…. Donc tout ça, c’est bien normal. D’ailleurs, y a pas de raison qu’il n’y ait que les patrons qui paient les salaires, non ? Les ouvriers eux aussi doivent s’y mettre sinon on n’en sortira pas ! Question de compétitivité ! Au diable les tabous et les conservatismes !

Entre-temps, la sécu est vidée doublement parce que Caterpillar en engageant Jean, ne doit (presque) plus verser de cotisations dites « patronales », erronément ( on ne doit pas vous le réexpliquer quand même ! ), et parce que la sécu finance l’emploi (donc les employeurs !) au lieu de payer ceux pour qui elle a été créée : chômeurs, pensionnés, malades, etc… Et à ceux-ci on dit « y a plus de sou, faut qu’on diminue vos allocations, vos remboursements de médoc, vos pensions… etc… ».

Vous n’avez pas un peu le sentiment qu’il y a est des gros pigeons dans cette histoire ! N’est-ce pas Albert ? Alors « win-win » , gagnant-gagnant, cette affaire !?